« Non seulement nous perdons, tous et toujours, mais nous vivons avec ce qui est perdu. »
— Vincent Delecroix, philosophe, Apprendre à perdre (2019)
Domaine Vidot, 70 personnes qu’on ne verra pas
Il est un peu plus de 21 heures, le jeudi soir, et sous les barnums rouges du Domaine Vidot une trentaine de vanneries sont alignées sur des tables pliantes, chacune avec son étiquette au prénom et au numéro de dossard, chacune contenant ce qu’un coureur a demandé 3 jours plus tôt : 2 gels, 1 barre, 1 flasque de boisson déjà préparée, une paire de chaussettes dans un sac congélation, parfois une lampe de rechange et des piles, parfois un petit mot. Les bénévoles, tee-shirts noirs à nids d’abeille orange, casquettes vissées sur la tête, se tiennent derrière la table dans une concentration de cuisine avant le coup de feu. Personne ne parle fort. Quand une frontale apparaît au bout de l’allée, quelqu’un lit le dossard à voix haute, un autre soulève le pannier, et le coureur, qui n’a pas ralenti, le reçoit à la volée, prend ce qu’il veut, repart. L’échange dure 20 secondes…
On a vu des gens s’entraîner 6 mois pour ces 20 secondes.
La Team DAF existe depuis 2007. Fabrice Payet, que tout le monde ici appelle DAF, a couru la Diagonale en 2004 et 2005 avant de décider de la vivre autrement, en aidant les autres, et la structure qu’il a construite depuis, uniquement bénévole, est devenue l’un des objets les plus singuliers du trail mondial : plus de 70 personnes cette année, étudiants, anciens élèves, collègues, amis, réparties sur les 12 points d’assistance autorisés, y compris ceux de Mafate où il faut marcher pour arriver. Judicaël Sautron, 4e cette année et meilleur Réunionnais, confiait au Quotidien quelques jours avant le départ : « Pendant toutes ces années, je n’avais personne à Mafate. » Cette phrase dit mieux que n’importe quelle statistique ce que fait une équipe d’assistance : elle ne fait pas courir plus vite, elle fait courir moins seul.
Cyril Blanchard et moi avons été intégrés à cette équipe cette année, pour l’ISMe, et il faut le dire d’emblée parce que c’est la position depuis laquelle tout ce texte est écrit : nous n’étions pas là pour observer, nous étions là pour servir, et c’est précisément parce que nous servions que nous avons vu ce que nous allons raconter. On ne voit pas la même chose selon qu’on tient un micro ou une flasque.
Le vocabulaire d’un arrêt au stand
Il y a une langue de l’assistance, et elle est pauvre en mots parce qu’elle est riche en gestes. Flasque, gourde souple, gel, barre, Coca dégazé, bouillon, riz, chaussettes sèches, manchons, bâtons, frontale, piles, crème anti-frottements, cachet de sel : c’est à peu près tout le lexique, et il tient sur la feuille de recommandations que chaque coureur remplit avant la course pour chaque point de passage. Ces feuilles sont des documents extraordinaires. Elles sont remplies par un cerveau reposé, 3 jours avant, pour un corps qui ne le sera plus, et elles disent ce que le coureur sait de lui-même : « au Maïdo, me forcer à manger même si je dis non », « ne pas me laisser m’asseoir plus de 5 minutes », « changer les piles de la frontale même si je dis qu’elle marche ».
Et puis il y a, au bas de certaines feuilles, les petits mots. Un merci d’avance. Un dessin. Une phrase pour l’équipe qu’on ne connaît pas encore et qui sera là à 3 heures du matin.
Ces mots-là ne servent à rien sur le plan logistique. Ils sont pourtant ce que les bénévoles relisent à voix haute sous le barnum pendant les longues heures d’attente, et ce dont ils se souviennent le lendemain quand ils ont oublié le numéro de dossard. On y reviendra, parce que c’est une des clés de la mémoire d’une course : ce qui est écrit pour quelqu’un s’ancre mieux que ce qui est écrit pour soi.
Savoir se taire
À Mare à Boue, la deuxième nuit, une quarantaine d’assistants de toutes les équipes attendent le long de la route dans le noir, capuches fermées, et quand une frontale isolée arrive, on voit d’abord le halo sur le bitume, puis l’ombre immense qu’il projette, puis seulement l’homme, qui marche vite et ne regarde personne. Les bénévoles de la Team DAF ne crient pas son prénom. Ils s’écartent, l’un d’eux lève le pannier, un autre dit 3 mots à voix basse, et c’est tout. Il faut avoir passé quelques années dans l’accompagnement pour mesurer combien ce silence est difficile et combien il est juste.
Car l’envie de parler est énorme. Quand quelqu’un qu’on attend depuis 5 heures arrive enfin, le visage gris, on voudrait l’encourager, lui dire qu’il est bien placé, qu’il reste 40 kilomètres, que tout le monde pense à lui. Or le cerveau qui arrive à Mare à Boue à la 6ème heure n’est pas en état de recevoir cela. Une équipe canadienne a montré en 2025, dans le Journal of Applied Physiology, chez 76 coureurs testés avant et après un 50 kilomètres seulement, que l’activité électrique liée au contrôle inhibiteur et à l’allocation de l’attention chutait nettement à l’arrivée, et que les réponses devenaient plus rapides mais plus imprécises, comme si le cerveau renonçait à filtrer pour tenir. Chaque mot qu’on lui adresse est un stimulus à trier, et il n’a plus de quoi trier. Les bons assistants l’ont compris sans lire d’article : ils parlent peu, ils parlent bas, ils parlent concret. « Bois. » « Assieds-toi là. » « Tes chaussettes sont dans le sac bleu. » Le reste est du bruit, aussi bienveillant soit-il.
C’est là que l’assistance rejoint ce que nous essayons de transmettre à l’ISMe sous le nom de posture d’accompagnement, et que Cyril et moi avons appelé ailleurs le phare dans la tempête : on n’éclaire pas la tempête, on tient un point fixe, et le navigateur fait le reste.
L’humilité, ici, n’est pas une vertu morale. C’est une compétence technique. Savoir se taire quand on a quelque chose à dire, savoir se mettre hors du champ quand les caméras arrivent, savoir qu’on n’est pas celui qui court et qu’on ne le sera jamais, à cet instant, quelle que soit la fatigue qu’on porte soi-même. Les plus anciens de l’équipe ont cela dans le corps. On les reconnaît à ce qu’ils bougent lentement quand tout le monde s’agite
Grande souffrance, grand sourire : le même visage
Au Maïdo, au milieu de la matinée du vendredi, un coureur de tête arrive sur la crête dans la brume, et il se passe en 30 secondes quelque chose qui résume toute l’économie de l’attention d’une grande course. 40 téléphones se lèvent. 3 caméras d’épaule convergent. Une perche à micro descend au-dessus de la chaise de camping. Et à 3 mètres de là, dos à la scène, 3 bénévoles en tee-shirt Team DAF regardent le sentier, parce que leur coureur à eux n’est pas encore arrivé et qu’ils ne veulent pas le manquer. La photo de ce moment est la plus juste de toutes celles que nous avons rapportées : d’un côté 40 objectifs braqués sur un visage, de l’autre 3 nuques tournées vers le vide.
Dans la chaise, le coureur enfouit son visage dans une lingette blanche pendant qu’une main lui passe une flasque et qu’une autre lui ouvre une boîte, et il reste ainsi, courbé, le temps que les caméras attendent autre chose. Ce n’est pas de la douleur à proprement parler, pas encore du soulagement ; c’est l’instant où le corps comprend qu’on lui accorde 3 minutes et qu’il peut, pour 3 minutes, cesser de tenir. Plus bas dans le classement, à Ilet Savannah, dans la chaleur de la Rivière des Galets, les mêmes oscillations traversent les visages avec moins de retenue : un homme pleure en mangeant du riz, une femme rit trop fort en expliquant qu’elle ne sent plus ses orteils, un autre dit merci 4 fois de suite pour une bouteille d’eau versée sur la nuque. Celui qui regarde cela sans grille de lecture y voit du désordre. Celui qui a appris à lire la douleur comme un signal y voit un système nerveux qui fait exactement ce pour quoi il est conçu.
La science récente complique d’ailleurs l’image d’Épinal de l’arrivée extatique. Une équipe allemande menée par le psychiatre Johannes Fuss a publié en septembre 2026, dans BMC Medicine, une double étude de terrain sur les endocannabinoïdes, ces molécules qu’on associe au fameux « runner’s high » : chez 36 coureurs d’ultra de 100 à 230 kilomètres, l’anandamide augmentait bien après la course, mais l’euphorie mesurée ne bougeait pas de façon significative, alors que l’anxiété baissait et que la douleur montait. Le sourire de La Redoute n’est donc pas, ou pas d’abord, une ivresse chimique. Il est fait de soulagement, et d’une forme de lien qu’on sous-estime parce qu’elle ne se dose pas dans le sang.
Les mains
Si l’on devait ne garder qu’une chose de ces 4 jours, ce seraient les mains. Au Maïdo, 2 mains venues de derrière se posent de part et d’autre de la nuque d’un coureur assis et appuient, lentement, pendant qu’il renverse la tête et ferme les yeux ; une femme sourit à côté, un enfant tient un appareil photo plus gros que lui, une fougère pousse entre les pieds de la chaise. À Ilet Savannah, un coureur se tient debout, les bras légèrement écartés, pendant qu’un bénévole referme son sac centimètre par centimètre et qu’une autre vérifie la poche de ceinture ; il n’a pas à y penser, et c’est tout le cadeau. À la Grande Chaloupe, de nuit, une coureuse au débardeur trempé reçoit une bouteille dans la lumière orange, et la main qui la lui tend s’attarde une seconde sur son avant-bras avant de se retirer.
À ce niveau de fatigue, le toucher est la seule langue qui reste, et il se trouve que c’est la modalité du lien la mieux documentée. Le psychologue James Coan a montré dès 2006, à l’université de Virginie, que tenir la main d’une personne proche réduisait, sous IRM, la réponse cérébrale à la menace, et qu’une main inconnue produisait déjà un effet partiel. Le psychologue évolutionniste Robin Dunbar a consacré une partie de sa carrière au toucher social comme déclencheur d’endorphines, cette chimie de l’apaisement que nous partageons avec les primates qui s’épouillent. Et le neuroscientifique Jean Decety, à Chicago, a décrit comment l’empathie, pour rester utile, doit passer de la contagion à la compassion, de « je souffre avec toi » à « je suis disponible pour toi » : les 2 mains sur la nuque du Maïdo sont de la compassion à l’état pur, parce qu’elles ne tremblent pas.
Il y a une raison de plus pour s’y arrêter, et elle concerne la mémoire. Tout ce qui se passe à la 30e heure, du côté du coureur comme de celui qui l’assiste depuis 2 nuits, est mal encodé, parce que la consolidation des souvenirs suppose le sommeil que ni l’un ni l’autre n’ont eu ; le souvenir d’une Diagonale ne se prend pas sur la ligne, il se fabrique après, dans le sommeil et dans les récits.
Sauf ce qui a été vécu avec le corps, avec une émotion et avec quelqu’un : cela, le neuropsychologue Francis Eustache l’a montré, s’inscrit même quand le reste s’efface. Les mains restent. Et c’est pour cela que des gens qui ont tendu des bouteilles pendant 40 heures repartent le dimanche avec le sentiment d’avoir vécu quelque chose, alors qu’ils n’ont, en apparence, rien fait.
Un lieu sans rivalité
Reste à comprendre pourquoi le lien est si simple à un ravito, et si compliqué presque partout ailleurs, y compris sur la ligne d’arrivée. L’anthropologue René Girard a proposé, dans les années 1960, une idée dérangeante et féconde : nous ne désirons presque jamais une chose pour elle-même, nous la désirons parce qu’un autre la désire, et ce désir emprunté se change en rivalité dès que le modèle est proche et convoite le même objet.
Le partenaire de club qui vient de prendre le segment de la montée du Maïdo est un rival ; Kilian Jornet, sur un poster, n’en est pas un. Or le ravito est l’un des rares endroits d’une course où cette mécanique est suspendue par construction. L’assistant ne veut pas le dossard du coureur, le coureur ne veut pas la glacière de l’assistant ; ils ne sont pas sur le même terrain de désir, et il n’y a donc rien à disputer. C’est pour cela, sans doute, que les coureurs y pleurent plus volontiers qu’à La Redoute, où la comparaison reprend ses droits dès la ligne franchie, avec les classements, les photos et les temps des autres.
Le psychologue James Coan et son collègue David Sbarra ont formulé en 2015 ce qu’ils appellent la théorie du socle social : le cerveau humain considère la proximité d’autrui comme son état de base, et non comme un supplément, de sorte que la solitude est traitée comme un surcoût et que la présence d’un autre, même silencieux, réduit la dépense perçue de l’effort au lieu de simplement la consoler. Une main sur un avant-bras à la Grande Chaloupe n’est pas une gentillesse. C’est un allègement de charge, au sens presque comptable du terme. Et le psychologue Brock Bastian a montré en 2014 que l’inconfort partagé soude davantage que le plaisir partagé : les 70 bénévoles de la Team DAF ne partagent donc pas la douleur des coureurs, mais ils partagent la nuit, le froid, les embouteillages et le manque de sommeil, et c’est cette co-présence dans l’inconfort, bien plus que les encouragements, qui fabrique l’appartenance des 2 côtés de la table.
Il y a enfin, dans ce lien, quelque chose que l’anthropologue Marcel Mauss aurait reconnu : un don sans retour possible. Le coureur, à 3 heures du matin, ne peut rien rendre. Il ne peut pas remercier correctement, il ne peut pas aider à ranger, il ne se souviendra parfois même pas du visage. Et c’est précisément ce qui rend le geste pur, et ce qui oblige à réfléchir sur un mot que nous employons beaucoup à l’ISMe, celui de réciprocité : l’assistance est une relation sans réciprocité immédiate, et elle fonctionne. La réciprocité y existe pourtant, mais différée, sur des années, quand l’ancien assisté devient assistant à son tour. DAF a couru la Diagonale en 2004 et 2005 avant de passer 20 ans à la faire courir aux autres. Plusieurs des bénévoles du Domaine Vidot ont été, une année ou l’autre, de l’autre côté de la table. Le lien qui se noue au ravito n’est pas un échange. C’est une dette qu’on ne rembourse qu’à quelqu’un d’autre.
Si le lien est aussi fort parce qu’il n’y a rien à disputer, une question se pose, et elle mène directement à la suite : que devient-il quand on commence à le mesurer, à le classer, à le filmer ?
2 fatigues, 1 seule est mesurée…
On ne mesure la fatigue que de ceux qui portent un dossard. L’étude menée sur le Grand Raid 2018 par l’équipe du CHU de La Réunion, publiée en 2024 dans Sports Medicine – Open auprès de 1 154 finishers, a établi que les coureurs de la Diagonale dormaient en moyenne 76 minutes cumulées sur toute la course, le plus souvent en siestes de moins de 30 minutes, que 80 % d’entre eux rapportaient au moins un symptôme lié au manque de sommeil, et que 22 % estimaient que ce manque avait augmenté leur risque d’accident dans les jours suivants, surtout sur la route. Personne n’a posé les mêmes questions aux assistants.
Or l’assistance est une 2e course, parallèle, qui se court en voiture. Les bénévoles de la Team DAF ont fait, pour certains, plus de 400 kilomètres de routes de montagne en 3 jours, dans la file qui monte au Maïdo à 2 à l’heure, dans les déviations, avec des siestes de 20 minutes la tête contre la vitre ; ceux de Mafate ont marché des heures avec les panniers pour tenir un point où personne ne les photographierait. Quand coureur et assistant se retrouvent à Ilet Savannah, ce sont 2 organismes en dette de sommeil qui se font face, et le second reprendra le volant le dimanche soir.
Personne n’y a couru. Tout le monde y est épuisé…
Il y a là, pour les années qui viennent, un terrain de recherche presque vierge, et La Réunion est sans doute l’un des rares endroits au monde où il peut être travaillé, parce que l’île fournit à la fois le terrain, la densité de pratiquants et 11 années de collaboration déjà établie entre coureurs et chercheurs. Que devient le souvenir d’une course à 1 mois, à 1 an ? Le coureur et son assistant gardent-ils la même course en mémoire, ou 2 courses qui se recouvrent à peine ? Que fait la privation de sommeil à ceux qui n’ont pas les endorphines de l’effort pour la compenser ? L’ISMe travaille avec des chercheurs sur certaines de ces questions. Il est trop tôt pour en dire davantage, et mieux vaut attendre des résultats plutôt que d’annoncer des intentions.
3 archives pour une course
Une Diagonale produit 3 mémoires concurrentes.
La première est l’archive médiatique, rapide et nécessairement sélective : elle retient qu’Hugo Deck a passé la ligne en 22 h 54, premier sous les 23 heures depuis François D’Haene en 2013 ; que Ruth Croft a ajouté un 3e monument à son palmarès ; que le passage par Salazie a été « de la folie dure » et que les abandons n’ont été « que » de 23,12 %. Rien de tout cela n’est faux. Mais cette archive-là oublie, par construction, les 110 coureurs arrivés entre la 61e et la 62e heure, qui forment pourtant la tranche la plus peuplée de toute la course, et elle oublie entièrement les 70 personnes du Domaine Vidot.
La seconde est l’archive scientifique, lente et précieuse. Depuis 2016, l’équipe du CHU a fait du Grand Raid l’un des terrains les plus riches au monde sur l’ultra-endurance : 11 ans d’études, de l’automédication au sommeil, de la chaleur à la thermorégulation, de la récupération à la santé pelvienne des traileuses, du déficit énergétique à la sexualité. Elle ne retient que ce qui se mesure ; c’est sa force et sa limite. Elle n’a, pour l’instant, rien à dire des petits mots au bas des feuilles de recommandations.
La troisième est l’archive intime : celle des mains, des silences, des 2 kinés venus de Normandie et de Nouvelle-Aquitaine qui ont fini leur première Diagonale ensemble alors qu’on leur avait dit que cela ne se faisait pas, celle du coureur de l’Étang-Salé qui revient pour la 4e fois parce que toute sa famille est là. Cette archive-là n’a aucune institution pour la conserver, aucun journal, aucun laboratoire, aucune base de données. Ou plutôt, elle en a une seule, qui ne se présente pas comme telle : une équipe de bénévoles qui, depuis 2007, relit les petits mots sous les barnums et se souvient, d’une année sur l’autre, de qui ne mange pas de banane et de qui pleure toujours au Maïdo.
La Team DAF est, sans l’avoir voulu, le conservatoire de la 3e archive. C’est peut-être cela qui mérite un prix, davantage que la logistique.
Si ce qui précède est juste, les 15 jours qui viennent comptent autant que les 66 heures qui viennent de s’écouler, pour les 2 populations.
Merci ! … et ce qu’il reste
Il faut finir par ce qui aurait pu ouvrir. Merci à DAF, Fabrice Payet, et à toute son équipe, d’avoir intégré Cyril et moi, pour l’ISMe, dans une organisation qui n’avait aucun besoin de nous et qui nous a fait une place comme on fait une place sur un banc, en se poussant un peu. Nous y avons appris plus sur l’accompagnement en 4 jours qu’en bien des lectures : que la bonne distance se tient à hauteur d’yeux, que le bon mot est souvent le plus court, et que le plus difficile n’est pas d’être là mais de rester en retrait quand on y est. Si la Team DAF mérite d’être distinguée, ce n’est pas seulement pour sa logistique, qui est remarquable. C’est pour cette discipline de l’effacement que 70 personnes pratiquent sans en parler.
6 394 coureurs ont pris le départ de l’une des 4 courses, et plus de la moitié venaient d’ailleurs. Dans 1 semaine ils seront repartis, et avec eux des milliers d’assistants, de parents, d’amis qui ont dormi dans des voitures.
Les chronos sont en ligne. Les prélèvements sont au laboratoire. Les panniers sont rangés jusqu’à l’an prochain. Reste la 3e archive, celle des mains et des petits mots au bas des feuilles, et nous ne savons pas, à l’heure où ces lignes s’écrivent, sous quelle forme elle survivra aux 15 jours qui viennent, ni si l’île, qui donne tant pendant 4 jours, garde quelque chose de ce qu’elle a donné. Nous savons seulement que c’est la seule des 3 archives qui fera revenir les gens. Et que personne ne la mesure…
Pour aller plus loin
La posture de l’accompagnant, le silence utile et la juste distance sont au cœur du Carnet d’exploration 1 de l’ISMe et de la formation PRAT 1 de l’ISMe, où nous travaillons à partir de situations réelles d’assistance, de nuit, sous contrainte.
Références
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Le Quotidien de La Réunion (17 octobre 2026). Finishers de la Diagonale des fous 2026 : ils racontent leur passion dévorante pour le trail.
Le Quotidien de La Réunion (19 octobre 2026). 34e édition du Grand Raid à La Réunion : c’était de la folie dure.
Trail Running Awards (2025). Team DAF : les « mécanos » de l’ombre qui font gagner le Grand Raid. Candidature « Service de l’année », Mile & Stone.